Interprétation, paroles et musique: Pol Laute.
Photos et montage: Christine Glassant
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Soyez remerciés, mes yeux,
D'être restés si clairs, sous mon front déjà vieux,
Pour voir au loin bouger et vibrer la lumière ;
Et vous, mes mains, de tressaillir dans le soleil ;
Et vous, mes doigts, de vous dorer aux fruits vermeils
Pendus au long du mur, près des roses trémières.
Soyez remercié, mon corps,
D'être ferme, rapide, et frémissant encor
Au toucher des vents prompts ou des brises profondes ;
O ces matins de fête et de calme beauté !
Roses dont la rosée orne les purs visages,
Oiseaux venus vers nous, comme de blancs présages,
Jardins d'ombre massive ou de frêle clarté !
A l'heure où l'ample été tiédit les avenues,
Je vous aime, chemins, par où s'en est venue
Celle qui recélait entre ses mains, mon sort ;
Je vous aime, lointains marais et bois austères,
Et sous mes pieds, jusqu'au tréfonds, j'aime la terre
Où reposent mes morts.
J'existe en tout ce qui m'entoure et me pénètre.
Gazons épais, sentiers perdus, massifs de hêtres,
Eau lucide que nulle ombre ne vient ternir,
Vous devenez moi-même étant mon souvenir.
Emile Verhaeren, La Multiple Splendeur
Issu d’un milieu modeste, Georges perdit son père en 1921. Il fera dès lors une croix sur ses études afin d’assurer la matérielle. Autodidacte, il restera dépourvu du moindre diplôme, à l’exception de celui de docteur honoris causa de l’Université de Liège, reçu en 1973. Et s’il fut élu à l’Académie royale de langue et de littérature françaises, à Bruxelles en 1952 et où il ne siégera jamais, il n’obtiendra jamais non plus de prix littéraire : ni Goncourt, ni Rossel, pour ce géant du roman. Ni le Nobel dont il rêva. Il entre à 16 ans à "La Gazette de Liège" où cet instinctif-né fait ses premières armes de journaliste; à 17, avec "Au Pont des Arches", il rédige son premier roman et, à 20, épouse une jeune artiste peintre liégeoise, Régine Renchon. Le couple, alors sans le sou, part se fixer à Paris, début 23. Après un emploi de secrétaire chez un marquis, Georges se lance dans la littérature alimentaire avec une énergie époustouflante. Ses journées seront celles d’un bourreau de travail, le voyant pondre à un rythme d’enfer. Très vite, ce "phénomène" (terme qu’il détestait quand on l’utilisait à son sujet) attire l’attention : un premier article le salue dans "Paris-Soir" le 5 juin 1925 (il n’a que 22 ans) où Paul Reboux dit de Georges Sim (l’un de sa bonne quinzaine de pseudonymes)
En 1929, ayant jeté l’ancre de son cotre "L’Ostrogoth" à Delfzijl, aux-Pays-Bas, il rédige "Pietr-le-Letton", première des enquêtes du commissaire Maigret dont Pierre Assouline dit qu’il deviendra "le personnage le plus populaire" du XX e siècle littéraire. La suite est légendaire.
Dès le début des années 30, ses Maigret valent un succès inouï, qui ne se démentira plus, à un Simenon qui ne cesse d’alors voyager, de l’Afrique à Tahiti, de la Colombie à la Turquie, de New York à la Laponie. Edité chez Gallimard à 31 ans, il produit avec une fécondité stupéfiante : rien qu’en 1938, il y publie douze romans et un recueil de nouvelles. Il laisse derrière lui près de deux cents romans, des mémoires et des "dictées"; une œuvre traduite dans des dizaines de langues, dévorée avec délice par des centaines de millions de lecteurs.
Photos personnelles: Christine Glassant
Parc de Mariemont (Belgique)
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