POESIES ET BEAUX TEXTES

Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 12:49




 

 

 

 

 

 







 

 

 

 

 

 

 

Le langage des fleurs



Les fleurs : Elles naissent dans un mystère
Et jaillissent de la terre,
Avec toutes les couleurs,
Elles apportent le bonheur... Les fleurs


Dans la rosée elles s'ouvrent
Et le soir elles se couvrent,
Sans faire le moindre bruit
Pour s'endormir la nuit.

Elles cherchent le soleil
Qui passe dans le ciel,
Elles se gorgent de chaleur
Et adorent la douceur.


Elles invitent les abeilles
A boire dans leur stigmate,
Pour emplir des corbeilles
De pollens dans leurs pattes
Travaillant de longues heures
Elles emportent en leurs mains
Des grandes prairies de fleurs
Qui renaîtront demain...

Les fleurs ont un langage
Qui parle aux gens sages,
Pour leur dire en silence
Tout l'amour que l'on pense ...
Nobles fleurs d'élevages
Qui font de longs voyages,
Petites fleurs des champs
Que ramassent les enfants.


Elles viennent en visite
Pour montrer qu'on existe,
Elles consolent ceux qui pleurent
Et fleurissent ceux qui meurent ... Les fleurs

Si la vie est trop dure
Va donc dans la nature.
0uvre bien grand ton coeur
Pour y mettre des fleurs

Respire tous leurs parfums
Sans y mettre les mains,
Pour que même fanées,
Elles reviennent chaque année ... Les fleurs

(Jean-Claude Brinette)













Photos personnelles Christine Glassant

 

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Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 11:06


Photos personnelles Christine Glassant

Parc de Mariemont Belgique








Tout seul,
Que le berce l'été, que l'agite l'hiver,
Que son tronc soit givré ou son branchage vert,
Toujours, au long des jours de tendresse ou de haine,
Il impose sa vie énorme et souveraine
Aux plaines.

Il voit les mêmes champs depuis cent et cent ans
Et les mêmes labours et les mêmes semailles ;
Les yeux aujourd'hui morts, les yeux
Des aïeules et des aïeux
Ont regardé, maille après maille,
Se nouer son écorce et ses rudes rameaux.
Il présidait tranquille et fort à leurs travaux ;
Son pied velu leur ménageait un lit de mousse ;
Il abritait leur sieste à l'heure de midi
Et son ombre fut douce
A ceux de leurs enfants qui s'aimèrent jadis.

Dès le matin, dans les villages,
D'après qu'il chante ou pleure, on augure du temps ;
Il est dans le secret des violents nuages
Et du soleil qui boude aux horizons latents ;
Il est tout le passé debout sur les champs tristes,
Mais quels que soient les souvenirs
Qui, dans son bois, persistent,
Dès que janvier vient de finir
Et que la sève, en son vieux tronc, s'épanche,
Avec tous ses bourgeons, avec toutes ses branches,
- Lèvres folles et bras tordus -
Il jette un cri immensément tendu
Vers l'avenir.

Alors, avec des rais de pluie et de lumière,
Il frôle les bourgeons de ses feuilles premières,
Il contracte ses noeuds, il lisse ses rameaux ;
Il assaille le ciel, d'un front toujours plus haut ;
Il projette si loin ses poreuses racines
Qu'il épuise la mare et les terres voisines
Et que parfois il s'arrête, comme étonné
De son travail muet, profond et acharné.

Mais pour s'épanouir et régner dans sa force,
Ô les luttes qu'il lui fallut subir, l'hiver !
Glaives du vent à travers son écorce.
Cris d'ouragan, rages de l'air,
Givres pareils à quelque âpre limaille,
Toute la haine et toute la bataille,
Et les grêles de l'Est et les neiges du Nord,
Et le gel morne et blanc dont la dent mord,
jusqu'à l'aubier, l'ample écheveau des fibres,
Tout lui fut mal qui tord, douleur qui vibre,
Sans que jamais pourtant
Un seul instant
Se ralentît son énergie
A fermement vouloir que sa vie élargie
Fût plus belle, à chaque printemps.

En octobre, quand l'or triomphe en son feuillage,
Mes pas larges encore, quoique lourds et lassés,
Souvent ont dirigé leur long pèlerinage
Vers cet arbre d'automne et de vent traversé.
Comme un géant brasier de feuilles et de flammes,
Il se dressait, superbement, sous le ciel bleu,
Il semblait habité par un million d'âmes
Qui doucement chantaient en son branchage creux.
J'allais vers lui les yeux emplis par la lumière,
Je le touchais, avec mes doigts, avec mes mains,
Je le sentais bouger jusqu'au fond de la terre
D'après un mouvement énorme et surhumain ;
Et J'appuyais sur lui ma poitrine brutale,
Avec un tel amour, une telle ferveur,
Que son rythme profond et sa force totale
Passaient en moi et pénétraient jusqu'à mon coeur.

Alors, j'étais mêlé à sa belle vie ample ;
Je me sentais puissant comme un de ses rameaux ;
Il se plantait, dans la splendeur, comme un exemple ;
J'aimais plus ardemment le sol, les bois, les eaux,
La plaine immense et nue où les nuages passent ;
J'étais armé de fermeté contre le sort,
Mes bras auraient voulu tenir en eux l'espace ;

Mes muscles et mes nerfs rendaient léger mon corps
Et je criais : " La force est sainte.
Il faut que l'homme imprime son empreinte
Tranquillement, sur ses desseins hardis :
Elle est celle qui tient les clefs des paradis
Et dont le large poing en fait tourner les portes ".
Et je baisais le tronc noueux, éperdument,
Et quand le soir se détachait du firmament,
je me perdais, dans la campagne morte,
Marchant droit devant moi, vers n'importe où,
Avec des cris jaillis du fond de mon coeur fou.

Emile Verhaeren


























Par VERBENA - Publié dans : POESIES ET BEAUX TEXTES
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Mardi 16 août 2011 2 16 /08 /Août /2011 12:36

 

oiseau2.jpg

 

 

Oh! Quand donc aurez-vous fini, petits oiseaux,
De jaser au milieu des branches et des eaux,
Que nous nous expliquions et que je vous querelle?
Rouge-gorge, verdier, fauvette, tourterelle,

Oiseaux, je vous entends, je vous connais. Sachez
Que je ne suis pas dupe, ô doux ténors cachés,
De votre mélodie et de votre langage.
Celle que j'aime est loin et pense à moi; je gage,

O rossignol dont l'hymne, exquis et gracieux,
Donne un frémissement à l'astre dans les cieux,
Que ce que tu dis là, c'est le chant de son âme.
Vous guettez les soupirs de l'homme et de la femme,

Oiseaux; Quand nous aimons et quand nous triomphons,
Quand notre être, tout bas, s'exhale en chants profonds,
Vous, attentifs, parmi les bois inaccessibles,
Vous saisissez au vol ces strophes invisibles,

Et vous les répétez tout haut, comme de vous;
Et vous mêlez, pour rendre encor l'hymne plus doux,
A la chanson des coeurs, le battement des ailes;
Si bien qu'on vous admire, écouteurs infidèles,

Et que le noir sapin murmure aux vieux tilleuls:
"Sont-ils charmants d'avoir trouvé cela tout seuls!"
Et que l'eau, palpitant sous le chant qui l'effleure,
Baise avec un sanglot le beau saule qui pleure;

Et que le dur tronc d'arbre a des airs attendris;
Et que l'épervier rêve, oubliant la perdrix;
Et que les loups s'en vont songer auprès des louves!
"Divin!" dit le hibou; le moineau dit: "Tu trouves?"

Amour, lorsqu'en nos coeurs tu te réfugias,
L'oiseau vint y puiser; ce sont ces plagiats,
Ces chants qu'un rossignol, belles, prend sur vos bouches,
Qui font que les grands bois courbent leurs fronts farouches,

Et que les lourds rochers, stupides et ravis,
Se penchent, les laissant piller le chènevis,
Et ne distinguent plus, dans leurs rêves étranges,
La langue des oiseaux de la langue des anges.


Victor Hugo (les contemplations

 

 

 

 

 

 

 

 

henriette_030-.jpg

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Jeudi 28 juillet 2011 4 28 /07 /Juil /2011 22:48











 

Les murs ne sont pas toujours au-dehors.
Dans tous les murs, il y a une lézarde,
dans toute lézarde, très vite, il y a un peu de terre,
dans cette terre la promesse d'un germe,
Dans ce germe fragile, il y a l'espoir d'une fleur
et dans cette fleur, la certitude ensoleillée d'un pétale de liberté.
Les murs les plus cachés sont souvent au-dedans
et dans ces murs aussi, il y a des lézardes...
laisse pousser les fleurs,
elles sont les germes de la vie à venir.



Jacques Salomé
(apprivoiser la tendresse)
































 

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Jeudi 14 avril 2011 4 14 /04 /Avr /2011 06:46








Le banc dans le parc était vide quand je me suis assise pour lire sous les longues branches broussailleuses d'un vieux saule pleureur.
Désillusionnée par la vie, j'étais justifiée de froncer les sourcils, car le monde était résolu à avoir ma peau

Comme si ce n'était pas assez pour gâcher ma journée, un jeune garçon hors d'haleine s'est dirigé vers moi,épuisé d'avoir joué.

Il s'est planté devant moi, la tête légèrement penchée et a dit, tout excité: "Regardez ce que j'ai trouvé!"
Dans sa main, il tenait une fleur qui faisait vraiment pitié, ses pétales étaient flétries, la pluie et la lumière lui ayant manqué.
Voulant qu'il prenne sa fleur morte et qu'il retourne jouer, je lui ai fait un mince sourire et je me suis détournée.
Au lieu de s'en aller, il s'est assis à mes côtés, a
porté la fleur à son nez et a déclaré avec une surprise non dissimulée: " Elle sent bon et elle est belle aussi, c'est pourquoi, je l'ai cueillie; c'est pour vous, voici."
La mauvaise herbe était à l'agonie ou déjà morte. Ni orangée, ni jaune, ni rouge, ses couleurs étaient fanées.
Si je voulais qu'il parte, je devais l'accepter.
La main tendue vers la fleur, j'ai dit:
" Merci, justement ce dont j'ai besoin ".
Au lieu de déposer la fleur dans ma main, il l'a tenue en l'air sans raison ou dessein.

C'est alors que j'ai remarqué pour la première fois
que le garçon à la fleur ne pouvait pas la voir: il était aveugle.
J'ai entendu ma voix frémissante et des larmes ont coulé de mes yeux,
en le remerciant d'avoir choisi ce qu'il y avait de mieux.

Il a répondu " De rien ", il souriait et est retourné à ses jeux sans savoir qu'il avait transformé ma peine en jour radieux.
Je me suis demandé comment il avait pu apercevoir une femme sous un vieux saule, en plein apitoiement. Comment avait-il senti ma détresse

complaisante? Sans doute était-il béni de voir la vérité avec les yeux
du coeur.
Par les yeux d'un enfant aveugle, j'ai enfin pu voir que c'était moi, et non le monde, qui broyais du noir.
Parce que j'avais si souvent moi-même ignoré la beauté, j'ai juré de voir la beauté dans la vie et d'apprécier chaque seconde qui me serait donnée.

J'ai porté la fleur fanée à mon nez et j'ai senti le parfum d'une magnifique rose

J'ai souri en voyant ce jeune garçon, une mauvaise herbe dans la main, s'apprêter à changer la vie d'un vieil homme sans soupçons.


Auteur: Cheryl L. Costello-Forshey

 
 
 
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Samedi 9 avril 2011 6 09 /04 /Avr /2011 10:04

 






Le clair jardin, c'est la santé.
 
Il la prodigue, en sa clarté,
Au va et vient de ses milliers de mains
De branches et de feuilles.
 
Et la bonne ombre, où il accueille,
Après de longs chemins,
Nos pas,
Verse, à nos membres las,
Une force vivace et douce
Comme ses mousses.
 
Quand l'étang joue avec le vent et le soleil,
Un coeur vermeil
Semble habiter au fond de l'eau
Et battre, ardent et jeune, avec le flot;
Et les glaïeuls dardés et les roses ferventes,
Qui dans leur splendeur bougent,
Tendent, du bout de leurs tiges vivantes,
Leurs coupes d'or et de sang rouge.
 
Le jardin clair c'est la santé.
 
Emile Verhaeren







































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Samedi 9 octobre 2010 6 09 /10 /Oct /2010 14:50









Il est un arbre qui se souvient encore de Merlin, de Viviane et de la merveilleuse forêt de Brocéliande.

J'ai vu le chêne sacré, gardien d'orage et de justice, cacheur d'oiseaux et de fées, cacheur d'aurores très anciennes, je chante le vieux chêne des routes de poussière.

Aux soirs des plus hauts étés, dans le suspens où montent les ténèbres, Merlin parle encor dans son ombre et Viviane a des palais sous sa ramure.

A leur pas lumineux s'offre une mousse plus fine que poil de taupe.
J'ai embelli le monde aujourd'hui, dit Merlin, j'ai coloré des pommes dans les vergers.

Mon regard a muri les froments et j'ai tendu cette paix mauve sur les toits des villages; ô bien aimée, ouvre-moi tes châteaux.

Viviane entend et des voiles se forment. On voit tourner un portail de buée, on voit Merlin baiser une main d'or.
Mais l'arbre est seul à savoir les battements de ces coeurs.

Un chevreuil blanc viendra goûter l'herbe qui pousse entre ses racines, un chevreuil blanc viendra lisser son pelage à l'écorce.

Je chante l'arbre légendaire. Je dis qu'il règne et qu'il le père de ces champs et de ces collines.

Le ciel qui passe avec son front rapide a fait le signe et le grand chêne a répondu de tout son lourd feuillage.

Ici fut scellée l'amitié, ici la parole fut dite, ici l'anneau fut échangé, ici la coupe fut vidée, ici fut jeune une antique chanson.

Qui sait aimer cet arbre est aimé du silence.
Et l'oiseau bleu qui vit en ramée couve jalousement la légende future au goût de séve et de rosée.

Geo Norge (1898-1990)











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Samedi 9 octobre 2010 6 09 /10 /Oct /2010 01:00

 

 



 
 


C'était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d'un fil,
Dans l'ombre,
Ta face et ton profil?

Es-tu l'oeil du ciel borgne?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard?

N'es-tu rien qu'une boule,
Qu'un grand faucheux bien gras
Qui roule
Sans pattes et sans bras?

Es-tu, je t'en soupçonne,
Le vieux cadran de fer
Qui sonne
L'heure aux damnés d'enfer?

Sur ton front qui voyage.
Ce soir ont-ils compté
Quel âge
A leur éternité?

Est-ce un ver qui te ronge
Quand ton disque noirci
S'allonge
En croissant rétréci?

Qui t'avait éborgnée,
L'autre nuit? T'étais-tu
Cognée
A quelque arbre pointu?

Car tu vins, pâle et morne
Coller sur mes carreaux
Ta corne
À travers les barreaux.

Va, lune moribonde,
Le beau corps de Phébé
La blonde
Dans la mer est tombé.

Tu n'en es que la face
Et déjà, tout ridé,
S'efface
Ton front dépossédé.

Rends-nous la chasseresse,
Blanche, au sein virginal,
Qui presse
Quelque cerf matinal!

Oh! sous le vert platane
Sous les frais coudriers,
Diane,
Et ses grands lévriers!

Le chevreau noir qui doute,
Pendu sur un rocher,
L'écoute,
L'écoute s'approcher.

Et, suivant leurs curées,
Par les vaux, par les blés,
Les prées,
Ses chiens s'en sont allés.

Oh! le soir, dans la brise,
Phoebé, soeur d'Apollo,
Surprise
A l'ombre, un pied dans l'eau!

Phoebé qui, la nuit close,
Aux lèvres d'un berger
Se pose,
Comme un oiseau léger.

Lune, en notre mémoire,
De tes belles amours
L'histoire
T'embellira toujours.

Et toujours rajeunie,
Tu seras du passant
Bénie,
Pleine lune ou croissant.

T'aimera le vieux pâtre,
Seul, tandis qu'à ton front
D'albâtre
Ses dogues aboieront.

T'aimera le pilote
Dans son grand bâtiment,
Qui flotte,
Sous le clair firmament!

Et la fillette preste
Qui passe le buisson,
Pied leste,
En chantant sa chanson.

Comme un ours à la chaîne,
Toujours sous tes yeux bleus
Se traîne
L'océan montueux.

Et qu'il vente ou qu'il neige
Moi-même, chaque soir,
Que fais-je,
Venant ici m'asseoir?

Je viens voir à la brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Peut-être quand déchante
Quelque pauvre mari,
Méchante,
De loin tu lui souris.

Dans sa douleur amère,
Quand au gendre béni
La mère
Livre la clef du nid,

Le pied dans sa pantoufle,
Voilà l'époux tout prêt
Qui souffle
Le bougeoir indiscret.

Au pudique hyménée
La vierge qui se croit
Menée,
Grelotte en son lit froid,

Mais monsieur tout en flamme
Commence à rudoyer
Madame,
Qui commence à crier.

"Ouf! dit-il, je travaille,
Ma bonne, et ne fais rien
Qui vaille;
Tu ne te tiens pas bien."

Et vite il se dépêche.
Mais quel démon caché
L'empêche
De commettre un péché?

"Ah! dit-il, prenons garde.
Quel témoin curieux
Regarde
Avec ces deux grands yeux?"

Et c'est, dans la nuit brune,
Sur son clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.


 

Alfred de Musset
(1810-1857)





































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Dimanche 16 mai 2010 7 16 /05 /Mai /2010 13:51




 


Qu’est-ce que la vie ?
C’est l’éclat d’une luciole dans la nuit.
C’est le souffle d’un bison en hiver.
C’est la petite ombre qui court dans l’herbe
et se perd au coucher du soleil.


Crowfoot, chef lackfeet

 

 

 

La beauté devant moi fasse que je marche
La beauté derrière moi fasse que je marche
La beauté au-dessus de moi fasse que je marche
La beauté au-dessous de moi fasse que je marche
La beauté tout autour de moi fasse que je marche


chant shaman navajo

 

Traitez bien la terre, elle ne vous a pas été donnée par vos parents, elle vous a été prêtée pour vos enfants.

 

- Crazy Horse, Lakota/Oglala

 

Par VERBENA - Publié dans : POESIES ET BEAUX TEXTES
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Dimanche 9 mai 2010 7 09 /05 /Mai /2010 17:01

 

 

christel_461.jpg

 

 

 

Autour de ma maison

 

 

Pour vivre clair, ferme et juste,
Avec mon coeur, j'admire tout
Ce qui vibre, travaille et bout
Dans la tendresse humaine et sur la terre auguste.

L'hiver s'en va et voici mars et puis avril
Et puis le prime été, joyeux et puéril.
Sur la glycine en fleurs que la rosée humecte,
Rouges, verts, bleus, jaunes, bistres, vermeils,
Les mille insectes
Bougent et butinent dans le soleil.
Oh la merveille de leurs ailes qui brillent
Et leur corps fin comme une aiguille
Et leurs pattes et leurs antennes
Et leur toilette quotidienne
Sur un brin d'herbe ou de roseau !
Sont-ils précis, sont-ils agiles !
Leur corselet d'émail fragile
Est plus changeant que les courants de l'eau ;
Grâce à mes yeux qui les reflètent
Je les sens vivre et pénétrer en moi
Un peu ;
Oh leurs émeutes et leurs jeux
Et leurs amours et leurs émois
Et leur bataille, autour des grappes violettes !
Mon coeur les suit dans leur essor vers la clarté,
Brins de splendeur, miettes de beauté,
Parcelles d'or et poussière de vie !
J'écarte d'eux l'embûche inassouvie :
La glu, la boue et la poursuite des oiseaux
Pendant des jours entiers, je défends leurs travaux ;
Mon art s'éprend de leurs oeuvres parfaites ;
Je contemple les riens dont leur maison est faite
Leur geste utile et net, leur vol chercheur et sûr,
Leur voyage dans la lumière ample et sans voile
Et quand ils sont perdus quelque part, dans l'azur,
Je crois qu'ils sont partis se mêler aux étoiles.

Mais voici l'ombre et le soleil sur le jardin
Et des guêpes vibrant là-bas, dans la lumière ;
Voici les longs et clairs et sinueux chemins
Bordés de lourds pavots et de roses trémières ;
Aujourd'hui même, à l'heure où l'été blond s'épand
Sur les gazons lustrés et les collines fauves,
Chaque pétale est comme une paupière mauve
Que la clarté pénètre et réchauffe en tremblant.
Les moins fiers des pistils, les plus humbles des feuilles
Sont d'un dessin si pur, si ferme et si nerveux
Qu'en eux
Tout se précipite et tout accueille
L'hommage clair et amoureux des yeux.

L'heure des juillets roux s'est à son tour enfuie,
Et maintenant
Voici le soleil calme avec la douce pluie
Qui, mollement,
Sans lacérer les fleurs admirables, les touchent ;
Comme eux, sans les cueillir, approchons-en nos bouches
Et que notre coeur croie, en baisant leur beauté
Faite de tant de joie et de tant de mystère,
Baiser, avec ferveur, délice et volupté,
Les lèvres mêmes de la terre.

Les insectes, les fleurs, les feuilles, les rameaux
Tressent leur vie enveloppante et minuscule
Dans mon village, autour des prés et des closeaux.
Ma petite maison est prise en leurs réseaux.
Souvent, l'après-midi, avant le crépuscule,
De fenêtre en fenêtre, au long du pignon droit,
Ils s'agitent et bruissent jusqu'à mon toit ;
Souvent aussi, quand l'astre aux Occidents recule,
J'entends si fort leur fièvre et leur émoi
Que je me sens vivre, avec mon coeur,
Comme au centre de leur ardeur.

Alors les tendres fleurs et les insectes frêles
M'enveloppent comme un million d'ailes
Faites de vent, de pluie et de clarté.
Ma maison semble un nid doucement convoité
Par tout ce qui remue et vit dans la lumière.
J'admire immensément la nature plénière
Depuis l'arbuste nain jusqu'au géant soleil
Un pétale, un pistil, un grain de blé vermeil
Est pris, avec respect, entre mes doigts qui l'aiment ;
Je ne distingue plus le monde de moi-même,
Je suis l'ample feuillage et les rameaux flottants,
Je suis le sol dont je foule les cailloux pâles
Et l'herbe des fossés où soudain je m'affale
Ivre et fervent, hagard, heureux et sanglotant.

 

"Emile Verhaeren"

 

 

 

 

jardin_797.jpg

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  • VERBENA
  • L'UNIVERS DE VERBENA
  • Femme
  • 18/04/1950
  • Belgique
  • la vie La nature la lecture les animaux la photo
  • J'aime le contact humain, la nature,la musique classique, moderne et ethnique les animaux, la lecture. Je suis passionnée par l'informatique et la photographie.

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